Carolle Roy
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UNE VIE BIEN REMPLIE


Souvent, lorsque je rends visite à ma mère, je lui demande de me raconter son enfance. Un jour, j’ai eu l’idée d’écrire son récit pour ne rien oublier, et c’est ainsi qu’elle m’a raconté comment ça se passait « dans son temps ».

Vous connaissez tous ma mère depuis longtemps, mais je suis certaine que je vous apprendrai quand même des choses à son sujet.

Julienne est née à St-Thuribe, un petit village perdu au nord de Grand-Mère. Elle est la fille de Rézéda Martin (notre memère), femme au foyer, et Delphis Chalifour (pepère), forgeron de son métier, comme dans les Belles Histoires des Pays d’en Haut. Elle n’a que six ans lorsque ses parents décident de venir s’établir à Barraute.

Son père arrive le premier. Quelques semaines plus tard, le reste de la famille Chalifour et le ménage arriveront par train. A leur arrivée, le 8 mai, une surprise les attend : la neige.

Cette même année, on choisit Julienne, la petite nouvelle, pour être le petit St-Jean Baptiste pour le défilé du 24 juin. On frise ses petits cheveux courts, on lui fait porter un vêtement blanc, sans chaussure, avec un cordon à la taille. Le mouton traditionnel est remplacé par un agneau vivant couché à ses pieds, bien attaché pour ne pas qu’il se sauve.

La famille Roy vient s’établir quelques années plus tard à Barraute. C’est sur les bancs d’école que Julienne va rencontrer Maurice et ses frères et soeurs.

Julienne travaillera au magasin général de son père, ensuite au bureau de poste du village. Plus tard, elle vendra aussi des chapeaux, des produits Familex et des produits Avon.

Julienne participera aussi à quelques pièces de théâtre sous la direction des religieuses. Elle étudie le piano pendant un an avec une religieuse.

Maurice et Julienne se marient le jeudi 4 juillet 1940, juste avant la course aux mariages. Sa mère ne vient pas à l’église; elle est trop émotive et ne peut s’empêcher de pleurer. Maurice se marie sans « jonc », comme c’est la coutume.

Leur première maison, située dans le rang 9, est en construction mais pas prête à temps pour le mariage. En attendant, ils vivront donc pendant quelques semaines dans un camp en bois rond appartenant au beau-père Patrick Roy, en compagnie des souris. Ça, c’était pas drôle.

Le premier enfant, Robert, naîtra l’année suivante. Puis on déménage à la West Malartic, car Maurice travaillera à la mine, sous terre. Ses voisins immédiats sont quelques frères et soeurs de Maurice, la famille de Cécile, la famille de Gertrude et celle de Philippe.

Deux ans plus tard, ils déménagent à nouveau pour aller s’installer à Malartic où Maurice travaillera pendant de nombreuses années à la mine Malartic Gold Fields.

Sur les conseils de sa mère, Julienne décide de s’ouvrir un magasin de tissus. Elle se loue un local, commande du matériel et des accessoires de Québec et Montréal, et se fait fabriquer une enseigne qu’on installera devant le magasin.

Mais c’est la guerre et c’est difficile d’avoir la marchandise. Après quelques semaines, Julienne se rend compte qu’elle ne pourra pas exploiter son magasin. Elle a trop peu de marchandises, se sent bien désemparée et regrette cette aventure.

Un commerçant de Senneterre, bien informé de la situation, lui rend visite et achète toute la marchandise, car il a lui aussi des problèmes d’approvisionnement. Quel soulagement pour elle que de s’être débarrassée de toute cette marchandise. Le commerce est fermé avant même son ouverture.

Maurice et Julienne décident de construire leur 2e maison et arrivera ensuite un 2e enfant (moi). Mais la maison est petite et ils veulent d’autres enfants, alors ils la vendront un peu plus tard pour s’en construire une 3e plus grande.

Deux autres enfants viennent s’ajouter à la famille, Denise et Carolle. Julienne entreprend de suivre des cours d’anglais, le soir, pour pouvoir communiquer avec sa voisine qui ne parle pas français. Elle ne sera pas bilingue, mais elle pourra bien se débrouiller.

Par la suite, Mme Allen déménage en Australie et les deux amies s’écriront pendant de nombreuses années. Julienne écrit en français et la réponse arrive en anglais.

Dans leurs temps libres, Maurice et Julienne fréquentent des amis et jouent aux cartes, surtout au 500.

Maurice gagne une télévision au bingo (le modernisme arrive) et quelques années plus tard, il entreprend de suivre un cours pour réparer des télévisions même si ses frères le lui déconseillent fortement disant qu’à 40 ans, c’est trop vieux pour étudier. Julienne l’accompagnera pendant plusieurs années chez les clients pour la réparation.

Nos parents effectueront plusieurs voyages dont un en 1952, à New York avec Raymond, Gisèle et Lucien. Maman fera plusieurs autres voyages par la suite, dont un en Alaska avec papa et un autre à Paris pour son 80e anniversaire.


Maman habite maintenant dans un HLM. Elle se rend faire des exercices physiques une fois par semaine à la Villa et joue aux cartes presque tous les soirs avec ses voisines.


Aujourd’hui on fête avec elle ses années de vie bien remplie.


BONNE FÊTE, MAMAN.


 
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carroy@shaw.net Carolle Roy